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Vigiles 

 

 

Introduction 

 

V/ Dieu viens à mon aide

R/ Seigneur à notre secours.

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit

pour les siècles des siècles. Amen. Alléluia

 

 

Hymne

 

Hæc fémina laudábilis

Et honoráta méritis,

Ut sanctis pollet móribus,

Triúmphat sic cum Angelis.

 

Cette femme digne d’honneur

avec nos sincères louanges

si remplie des plus grands mérites

déjà, triomphe avec les anges.

 

Ex corde devotíssimo

Orans Deum cum lácrimis,

Vigíliis, jejúniis

Hærébat hæc assíduis.

 

Elle priait Dieu avec des larmes,

d’un coeur confiant, tourné vers lui,

elle amendait son corps, son âme,

pour correspondre à Son amour.

 

Contémnens mundi glóriam

Ac mente semper íntegra,

Perféctam post justítiam

Migrávit super sídera.

 

En laissant la gloire du monde,

avec beaucoup d’intégrité,

après une vie vraiment juste,

elle s’en allé au-delà.

 

Quæ sanctitátis áctibus

Sua ditávit límina,

Lætátur nunc perpétuis

Cæléstis ædis prǽmiis.

 

Par son travail et tous ses soins,

elle a enrichi sa maison,

et maintenant, jouit au ciel,

de la part qui revient au disciple.

 

Laus uni ac trino Dómino,

Qui nos ejus precátibus,

Perácto vitæ término,

Conjúngat cæli cívibus. Amen.

 

Louange au Dieu trois fois saint :

par l’intercession de Monique,

au terme de notre existence,

qu’il nous unisse à lui, toujours. Amen. 

 

Amen.

 

Psalmodie

 

Psaume 65 (h 66)

 

Acclamez le Seigneur, terre entière, † 

célébrez la gloire de son Nom, * 

glorifiez-le par votre louange !

Dites à Dieu : « Que tes actions sont prodigieuses ! 

Au vu de ta force, tes ennemis cherchent ta faveur.

Toute la terre se prosterne devant toi; 

elle te chante, elle chante ton Nom. »

Venez contempler les hauts faits du Seigneur, 

les prodiges qu'il a faits pour des humains.

Il changea la mer en terre ferme

on traversait le bras de mer à pied sec.

En lui donc, mettons notre joie !

Il domine à jamais par sa puissance.

Du regard il surveille les nations ;

que n'aillent pas se dresser contre lui les rebelles !

Peuples, bénissez notre Dieu, 

faites retentir sa louange !

C'est lui qui nous ramène à la vie ;

il n'a pas laissé notre pied trébucher.

Pourtant, Seigneur, tu nous as éprouvés ;

tu nous as purifiés comme argent au creuset ;

tu nous as engagés dans un piège, †

tu as fait peser un fardeau sur nos reins,

tu as courbé nos têtes sous la domination d'un homme.

Nous avons passé par le feu et par l'eau ;

mais, grâce à toi, nous en sortons, nous respirons.

Je viens dans ta maison offrir des holocaustes ; 

envers toi j'accomplis mes voeux,

les voeux qui me sont venus aux lèvres,

ceux que ma bouche a prononcés dans ma détresse.

Je veux t'offrir de gras holocaustes, † 

avec la fumée des béliers ; * 

j'apprête des taureaux et des boucs.

Venez m'écouter, vous tous qui craignez Dieu ! 

je vous raconterai ce qu'il a fait pour moi.

Vers lui ma bouche a lancé mon appel, 

et déjà ma langue était prête à l'exalter.

Je ne voyais pas de malice en mon coeur ; 

autrement le Seigneur n'aurait pas écouté.

Mais voyez : le Seigneur m'a écouté, 

attentif à la voix de ma prière.

Béni soit le Seigneur ! †

Il n'a pas écarté ma prière ; * 

il ne m'a pas retiré son amour.

 

Psaume 52

 

L'insensé dit en son coeur ; "Dieu n'existe pas !" *

Leur conduite est corrompue abominable ; pas un qui fasse le bien !

Du haut des cieux, le Seigneur se penche 

vers les fils d'Adam, *

pour voir s'il en est un de sensé, 

quelqu'un qui cherche Dieu.

Ils sont tous dévoyés, 

tous ensemble pervertis ; *

pas un qui fasse le bien, 

pas même un seul !

N'ont-ils rien compris, tous ces malfaisants ? *

ils se nourrissent bien en dévorant mon peuple ;

ils n'invoquent pas le Seigneur.

Mais les voilà saisis de panique, 

car Dieu va disperser les puissants ; *

ces mécréants seront confondus :

 le Seigneur va les rejeter.

Qui fera venir de Sion le salut d'Israël ? *

Quand Dieu ramènera son peuple de l'exil, 

Allégresse en Jacob et joie pour Israël.

 

Psaume 53

 

Mon Dieu, par ton Nom, sauve-moi !

Par ta puissance, fais triompher ma cause !

Mon Dieu, écoute ma prière,

prête l'oreille aux paroles de ma bouche !

Des orgueilleux se dressent contre moi †

ils en veulent à ma vie, ces violents ; *

et de Dieu ils ne tiennent pas compte.

Voici que Dieu me vient en aide ;

Le Seigneur se fait le soutien de ma vie.

Que retombe le mal sur mes adversaires !

Dieu fidèle, viens les anéantir !

De grand coeur, je t'offrirai le sacrifice ;

célébrant ton Nom, je louerai sa bonté :

il m'a délivré de toute ma détresse,

et je peux regarder de haut mes ennemis.

 

Psaume 54

 

Mon Dieu, entends ma prière,

ne te dérobe pas à ma demande !

Ecoute-moi, je t’en supplie, exauce-moi !

Dans mon chagrin je ne tiens plus en place.

Je suis bouleversé par les cris de l’ennemi,

par les injures des méchants.

Ils déchaînent sur moi le malheur ;

pleins de rage, ils s’acharnent contre moi.

Mon cœur tressaille dans ma poitrine ;

la terreur m’a saisi.

Crainte et tremblement m’envahissent ;

je suis plongé dans l’épouvante.

Qui me donnera les ailes de la colombe,

que je m’envole et trouve le repos ?

Alors je m’enfuirais bien loin, 

pour chercher asile au désert.

Je gagnerais bien vite un refuge,

à l’abri de ce vent de tempête,

loin de cet ouragan dévastateur,

Seigneur, loin de ce flot de calomnie !

Car je vois la violence et la discorde dans la ville :

jour et nuit, elles rôdent sur les remparts.

Au-dedans, le crime et l’oppression ; partout le malheur ;

fraude et brutalité ne quittent pas ses places.

Si l’insulte m’était lancée par un adversaire,

je pourrais le supporter.

Si l’agression venait de mon ennemi,

je pourrais me dérober.

Mais toi, l’un de mes compagnons,

toi que je fréquentais, que je connaissais bien !

Il nous était si bon d’être ensemble

dans la maison de Dieu !

Que la mort les surprenne, 

et qu’à l’instant ils disparaissent !

Qu’ils soient engloutis tout vivants dans l’Abîme !

Car la perversité s’est installée chez eux.

Pour moi, je crie vers Dieu,

et le Seigneur me sauvera.

Le soir et le matin et à midi, 

je me plains en gémissant.

Il entendra  ma voix et me délivrera, 

il va m’établir dans la paix ;

il va me soustraire à leurs attaques :

quelle armée contre moi !

Que Dieu m’entende et les réprime, 

lui qui règne dès l’origine !

Avec ces gens-là rien à espérer : 

ils ne craignent pas Dieu.

On va jusqu’à porter la main sur ses amis, 

jusqu’à violer ses alliances.

Le visage n’est que douceur,  

mais le cœur fait la guerre.

Des paroles remplies d’onction,

mais ce sont des poignards.

Décharge-toi de ton fardeau sur le Seigneur ;

il prendra soin de toi ;

il ne laissera pas toujours le juste chanceler.

Toi, mon Dieu, tu les précipites au fond de l’Abîme,

ces hommes de sang et de fraude.

Ils s’en iront dans la force de l’âge ;

et moi, je mets en toi mon espérance.

 

Psaume 55

 

Pitié, mon Dieu ! On s’acharne contre moi ;

tout le jour, on m’attaque, on me harcèle.

Tout le jour, mes ennemis s’acharnent ;

ils sont une foule à m’attaquer. 

Au moment où j’ai peur, Dieu très haut,

je mets en toi ma confiance.

Le Seigneur, je chante sa promesse ;

en Dieu, j’ai foi ;je n’ai plus peur ;

que pourrait me faire un être de chair ?

Tout le jour, ils ont des paroles blessantes ;

ils ne font que ruminer des projets contre moi.

Ils s’assemblent pour me nuire,

à l’affût, ils épient mes démarches,

car ils veulent ma mort.

Après un tel crime vont-ils être quittes ?

Dans ta colère, ô mon Dieu, renverse tous ces gens !

Mon Dieu, tu as inscrits mes plaintes ;

tu as pris soin de recueillir mes larmes.

Alors mes ennemis vont reculer,

j’en suis sûr, car le Seigneur est pour moi.

Le Seigneur, je chante sa promesse ;

en Dieu, j’ai foi ; je n’ai plus peur ;

que pourrait me faire un homme ?

Mon Dieu, je me suis engagé par des vœux :

j’accomplirai les sacrifices de louange.

Car tu m’as délivré de la mort,

pour que je marche devant Dieu, à la lumière de la vie.

 

La Parole de Dieu

J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes,

02 pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité.

03 Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur,

04 car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité.

05 En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus,

06 qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage,

07 pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité.

08 Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute.

09 De même les femmes : qu’elles portent une tenue décente, avec pudeur et modestie, plutôt que de se parer de tresses, d’or ou de perles, ou de vêtements précieux ;

10 ce qui convient à des femmes qui veulent exprimer leur piété envers Dieu, c’est de faire le bien.

11 Que la femme reçoive l’instruction dans le calme, en toute soumission.

12 Je ne permets pas à une femme d’enseigner, ni de dominer son mari ; mais qu’elle reste dans le calme.

13 En effet, Adam a été modelé le premier, et Ève ensuite.

14 Et ce n’est pas Adam qui a été trompé par le serpent, c’est la femme qui s’est laissé tromper, et qui est tombée dans la transgression.

15 Mais la femme sera sauvée en devenant mère, à condition de rester avec modestie dans la foi, la charité et la recherche de la sainteté.

 

Répons

 

Deus in nomine tuo salvum me fac Domine.

V/ Et in misericordia tua libera me.

V/ Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto

 

Dieu, par ton nom, sauve-moi

V/ Dans ta miséricorde, libère-moi

V/ Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.

 

2ème nocturne

 

Psaume 57

 

Vous qui êtes des dieux, rendez-vous vraiment la justice ?

Gouvernez-vous selon le droit les fils d’Adam ?

Mais non, vous commettez sciemment des injustices ;

vous ne répartissez dans le pays que la violence.

Ils sont dévoyés, ces méchants, depuis leur naissance ;

dès l’aube de leur vie  ces menteurs s’égarent.

Ils ont du venin, ils sont comme un serpent :

vipère qui se rend sourde en se fermant l’oreille,

vipère qui n’entend ni la voix du charmeur,

ni l’incantation du plus habile magicien.

Mais Dieu va leur briser les dents ;

le Seigneur cassera les crocs de ces lions.

Ils s’en iront comme de l’eau, d’eux-mêmes ils s’enfuiront ;

que Dieu tire sur eux ses flèches : ils périront.

Pareils à la limace qui s’en va en fondant,

tel un enfant mort-né, ils ne verront plus le soleil.

A l’improviste, ils seront arrachés comme un buisson d’épines ;

tout vivants, Dieu les emportera dans sa colère.

Joie pour le juste qui verra la vengeance,

quand ses pieds baigneront dans le sang de l’impie !

Et chacun pourra dire : « On gagne à être juste ;

Il existe un Dieu qui juge sur la terre. »

 

Psaume 58

 

Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu,

protège-moi de mes agresseurs !

Délivre-moi de ces criminels,

sauve-moi de ces bandits sanguinaires !

Les voici aux aguets pour me perdre ;

en force ils s’ameutent contre moi.

Je n’ai rien fait de mal, aucun péché, 

et pourtant ils accourent, ils prennent position.

Mais toi, Seigneur Sabaoth,

réveille-toi viens et regarde !

Lève-toi pour châtier tous ses païens,

sois sans pitié pour ces perfides criminels !

Ils reviennent chaque soir,

comme des chiens ils aboient,

ils errent dans la ville ;

ils rôdent, cherchant à dévorer ; 

et tant qu’ils ne sont pas repus ils grondent.

Voici qu’à pleine bouche, ces gens vocifèrent ;

les paroles de leurs lèvres sont des épées.

Mais toi, Seigneur, tu les tournes en dérision,

tu te moques de tous ces païens.

 O ma force, vers toi je fixe mon regard ;

oui, Seigneur, tu es ma forteresse !

Dans son amour, mon Dieu viendra me secourir ;

le Seigneur me fera triompher de mes oppresseurs.

Sois impitoyable envers eux, de peur qu’ils n’égarent mon peuple ;

disperse-les par ta puissance et renverse-les !

Livre-les, Seigneur, au châtiment mérité par leur bouche ;

qu’ils soient victimes de l’arrogance de leurs lèvres !

Achève-les pour les blasphèmes 

et les mensonges qu’ils débitent !

Dans ta colère, achève-les, qu’ils soient anéantis !

On saura que Dieu est le maître en Jacob,

qu’il domine jusqu’aux extrémités de la terre.

Et moi, je veux chanter ta force,

chaque matin acclamer ton amour.

Tu as été pour moi une forteresse, 

un refuge au  jour de la détresse.

O ma force, je veux te célébrer ;

oui, Seigneur, tu es ma forteresse !

O mon Dieu, toi qui m’aimes !

 

Psaume 59

 

Seigneur, tu nous as rejetés, malmenés ; *

tu étais irrité ;  reviens vers nous !

Tu as ébranlé, disloqué le pays ; *

répare ses brèches ; il s’effondre.

Tu as mis ton peuple à rude épreuve ; *

tu lui as fait boire un vin qui tourne la tête.

A ceux qui te craignent tu  donnes un signal : *

c’est de décamper sous le tir de l’arc.

Pour que tes biens-aimés soient délivrés, *

sauve-les par ta droite : exauce-nous !

Oracle du Seigneur dans son temple : †

« Victoire ! je vais partager Sikem ; *

la vallée de Soukkot, j’en prendrai possession. »

« Galaad est à moi ; Manassé est à moi ;

Ephraïm est devenu mon casque, *

Juda, mon bâton de commandement. »

« Moab est le bassin où je me lave ; †

sur Edom je pose ma sandale ; *

contre la Philistie je crie victoire ! »

Mais qui nous mènera dans leur citadelle, *

qui nous guidera jusqu’en Edom ?

N’est-ce pas toi, Seigneur, et pourtant tu nous as rejetés, *

tu ne t’avances plus avec nos armées.

Accorde-nous ton aide contre l’oppression : *

le secours humain n’est que vanité.

Avec le Seigneur nous ferons des prouesses ; *

lui-même écrasera nos oppresseurs.

Psaume 60

 

Ecoute Seigneur, écoute mon cri,

sois attentif à ma prière !

Des confins de la terre je t’appelle ; le cœur me manque :

transporte-moi au sommet du rocher !

Tu me donneras du repos car tu es pour moi le refuge,

un bastion face à l’ennemi.

Que j’habite à jamais sous ta tente,

blotti à l’abri de tes ailes !

Car toi, Seigneur, tu voudras exaucer tous mes vœux ;

à ceux qui craignent ton Nom, tu donneras leur héritage.

Aux jours du roi ajoute d’autres jours,

que ses années s’étendent d’âge en âge !

Qu’il trône à jamais en présence de Dieu !

Donne-lui pour garde Amour et Fidélité !

Alors je pourrai sans fin célébrer ton Nom,

pour accomplir mes vœux jour après jour.

 

Lecture patristique

 

SAINT AUGUSTIN

 

LES LARMES DE MONIQUE

 

D’en haut, tu m’as tendu ta main, mon Dieu, tu as arraché mon âme du fond de mes ténèbres, tandis que ma mère, ta fidèle servante, pour moi versait vers toi des larmes plus abondantes que les pleurs versés par les mères sur le corps d’un défunt. Car par sa foi et ton Esprit, elle voyait bien que j’étais mort. Et tu l’as exaucée, Seigneur ! Tu l’as exaucée, et tu n’as pas méprisé ses larmes, lorsque, coulant à flots, elles inondaient la terre, au-dessous de ses yeux, dans tous les lieux de sa prière !

Tu l’as exaucée ! Sinon, d’où serait venu le songe par lequel tu l’as réconfortée, au point qu’elle accepta de vivre avec moi et d’avoir avec moi table commune à la maison ? Elle l’avait d’abord refusé, se détournant et détestant les blasphèmes où me jetait mon erreur. Eh bien ! Elle se vit debout sur une sorte de règle de bois. Un jeune homme venait à elle, resplendissant, épanoui, et lui souriait, alors qu’elle était triste, et triste jusqu’à l’accablement. Il lui demanda les causes de sa tristesse et de ses larmes quotidiennes ; cela pour l’instruire, comme on le fait souvent, non pour s’instruire. Elle répondit qu’elle se lamentait de ma perte. Alors il l’invita à se rassurer, et l’engagea à regarder attentivement : elle verrait que là où elle était, j’étais moi aussi. Elle regarda, et me vit aussitôt à côté d’elle, debout sur la même règle.

Elle m’avait raconté cette vision, et moi, je tentais de forcer les choses à signifier que c’était plutôt elle qui ne devait pas désespérer de devenir ce que j’étais ; mais à l’instant, sans une hésitation : “Non, dit-elle, non, on ne m’a pas dit : là où il est lui, tu es toi aussi, mais : là où tu es toi, il est lui aussi”. Je t’avoue mon souvenir, Seigneur, tel que je me le rappelle, cette réponse qui, par la bouche d’une mère vigilante, était la tienne. Le fait qu’une fausse interprétation si plausible ne l’ait pas troublée, et que ma mère ait vu si vite ce qu’il fallait voir, alors que moi je ne l’avais pas vu avant qu’elle ne me l’ait dit, tout cela m’impressionna plus que le songe lui-même, où pour apaiser son inquiétude présente, lui fut prédite, si longtemps avant, la joie que devait ressentir cette pieuse femme si longtemps après.

De fait, près de neuf ans se sont écoulés depuis. Moi, je les ai passés dans cette boue des bas-fonds, dans les ténèbres du mensonge et, malgré de fréquents efforts pour me lever qui me laissaient plus lourdement brisé, je m’y suis roulé. Pendant ce temps cette veuve comme tu les aimes : chaste, pieuse et sobre, déjà plus allègre sans doute dans l’espérance, mais non moins assidue aux larmes et aux gémissements, ne cessait, à toutes les heures de sa prière, de se lamenter sur moi auprès de toi. Ses prières entraient en ta présence, et pourtant tu me laissais encore me rouler et m’enrouler dans ces ténèbres.

Entre-temps, tu donnas une seconde réponse qui me revient à l’esprit. Tu lui donnas une seconde réponse par ton prêtre, un évêque nourri par l’Église et rompu à l’intelligence de tes livres. Cette femme l’avait prié de bien vouloir s’entretenir avec moi, réfuter mes erreurs, me désapprendre le mal et m’apprendre le bien. Il refusa, sagement en vérité, je le compris plus tard. Il lui répondit que j’étais encore incapable d’être éclairé, du moment que j’étais tout enflé par la nouveauté de cette hérésie. “Mais, dit-il, laisse-le là, prie seulement le Seigneur pour lui. De lui-même, il découvrira par ses lectures la nature de cette erreur et la grandeur de son impiété”.

Il eut beau dire, elle ne voulait pas entendre raison, mais elle insistait, se faisait plus suppliante, redoublant de larmes, pour qu’il me voie et discute avec moi. Et lui, un peu gagné déjà par l’impatience et l’ennui, de répondre : “ Va-t’en ! Aussi vrai que tu vives, il ne peut se faire que le fils de telles larmes périsse !”. Dans ses entretiens avec moi, elle me rappelait souvent qu’elle accueillit cette parole comme si elle eût retenti du haut du ciel.

 

Oraison

 

Seigneur Dieu, réconfort des affligés, +
tu accueillais avec amour les larmes de la bienheureuse Monique pour la conversion de son fils Augustin ; *

accorde-nous, à la prière de la mère et du fils,

de savoir pleurer nos péchés /

et d’obtenir la grâce de ton pardon.

Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur, +

qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit, /
Dieu, pour les siècles des siècles.

 

Conclusion de l’Heure

 

Bénissons le Seigneur

Nous pourrons rendre 

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